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 Nazisme 2.0

Le nouveau fascisme : Israël, modèle de Trump et de l'Europe contre les libertés

Le nouveau fascisme : Israël, modèle de Trump & de l'Europe contre les libertés

Par Jonathan Cook, le 24 mars 2025

La répression à grande échelle du discours politique est présentée comme une "lutte contre l'antisémitisme". Mais le fascisme revient toujours sous une forme déguisée, qualifiant ses opposants de nazis, et non lui-même.

Le virus du fascisme n'a jamais disparu de l'Occident, malgré son apparente éradication au cours de la Seconde Guerre mondiale.

Partout, les premiers indicateurs montrent que le fascisme - une idéologie déterminant une hiérarchie raciste des valeurs humaines - qui a des droits et qui n'en a pas - renaît aux États-Unis et un peu partout en Europe.

La méfiance et la peur de l'étrangers s'accroissent. On considère les migrants comme destructeurs de l'Occident, inconciliables et antagonistes avec la civilisation et la culture dites "supérieures".

Aux États-Unis, un résident permanent - probablement le premier d'une longue série - a disparu dans le système pénitentiaire américain, en attendant son expulsion.

Le discours politique opposé aux gouvernements occidentaux et à leurs crimes est stigmatisé et réprimé par d'anciennes et de nouvelles lois. Les institutions académiques dites libérales s'effondrent sous la menace de sanctions juridico-financières. Il est évident que le système judiciaire n'exercera aucun contrôle significatif sur le pouvoir exécutif.

L'Occident s'oriente officiellement vers des politiques différentes - dont nous connaissons l'issue grâce à notre propre histoire récente.

L'extrême droite fixe désormais l'ordre du jour, de la star milliardaire Donald Trump aux États-Unis au vendeur de voitures d'occasion glorifié par Westminster, Nigel Farage, au Royaume-Uni.

Des The rise of far-right in Europe | By the Numbers aux tendances fascistes sont représentés dans les gouvernements italien, hongrois, finlandais, tchèque, slovaque, néerlandais et croate. Des partis d'extrême droite briguent le pouvoir en France, en Allemagne, en Autriche, en Suède et, pour la première fois, en Grande-Bretagne. Cette tendance s'est traduite par un tsunami de délégués ultra-nationalistes  élus au Parlement européen l'année dernière.

Les seuls vagues oppositions sont des technocrates au bout du rouleau comme le Premier ministre Keir Starmer en Grande-Bretagne, le président Emmanuel Macron en France et l'ex vice-présidente Kamala Harris aux États-Unis, suggérant précisément les mêmes politiques avortées ouvrant la porte au fascisme.

Une menace à peine voilée

Ces développements ne tombent pas du ciel. Ils ont mis des décennies à prendre forme.

Cela n'a rien de surprenant, car le principal dépositaire des idées fascistes de l'Occident depuis la Seconde Guerre mondiale n'a jamais caché ses intentions :  Israël.

La répression flagrante de l'Occident contre les droits les plus fondamentaux, tels que la liberté d'expression et la liberté académique, a lieu au nom de la protection d'Israël et des juifs occidentaux qui applaudissent ses crimes.

Le fascisme sort de l'ombre aux États-Unis et en Europe alors qu'Israël commet ouvertement un génocide contre les  Palestiniens de Gaza, armé et soutenu diplomatiquement par ses mécènes occidentaux.

Le fascisme n'allait pas revenir en Europe ou aux États-Unis vêtu d'un costume nazi. Il n'allait pas débarquer en bottes de cuir et brandissant des svastikas.

Israël a continué, avec le soutien notoire de l'Occident, à se livrer à des agissements que les États occidentaux eux-mêmes ont jugé impossibles à justifier au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

Alors que l'Occident a été contraint, non sans réticence, de s'engager dans des processus de décolonisation en Afrique et en Asie, Israël a reçu carte blanche et un soutien sans faille pour développer un projet ethno-nationaliste brutal sur la terre natale d'un autre peuple.

La suprématie juive a eu droit de cité, alors même que la suprématie blanche tombait en disgrâce. Israël n'a cessé de renforcer ses expulsions et ses politiques ségrégationnistes. Il a parqué les Palestiniens dans des enclaves de plus en plus exigües, où ils ont été privés de leurs droits et soumis à des abus militaires incessants.

Tout cela s'est poursuivi même si, au milieu des années 1960, le mouvement des droits civiques aux États-Unis a finalement abrogé les lois ségrégationnistes Jim Crow du Sud profond. Et ce processus s'est poursuivi lorsque, dans les années 1990, les dirigeants blancs de l'Afrique du Sud de l'apartheid, un autre projet colonial occidental, ont été contraints de se soumettre à un processus de vérité et de réconciliation avec la majorité noire.

Israël est resté l'allié privilégié de l'Occident, même s'il a vivement résisté à ce qui était présenté ailleurs comme la vague inexorable du progressisme.

Un comportement monstrueux

L'ascension du fascisme dans une grande partie de l'Europe des années 1930 et du début des années 1940 a été le signal d'alarme poussant les dirigeants occidentaux à renforcer les institutions internationales, dont le mot d'ordre fut les droits de l'homme.

Les Nations Unies, créées en 1945, étaient censées incarner ces valeurs, publiant trois ans plus tard leur Déclaration universelle des droits de l'homme et donnant naissance à des instances juridiques telles que la Cour internationale de justice et la Cour pénale internationale pour faire respecter les droits de l'homme et demander des comptes aux régimes voyous.

L'objectif était d'empêcher que les horreurs de la Seconde Guerre mondiale ne se reproduisent, des camps de la mort nazis aux bombardements incendiaires des villes allemandes et japonaises par les Alliés.

Voilà pourquoi le projet ethnique d'Israël de coloniser la Palestine - en expulsant ou en tuant les Palestiniens pour les remplacer par des Juifs - s'est constamment heurté aux nouveaux organes de surveillance, violant des dizaines de résolutions de l'ONU. Mais Washington a toujours été là pour le protéger de toute sanction.

D'autres pays ont commis des crimes terribles eux aussi. Après tout, les États-Unis, dans leur volonté de rester la première puissance mondiale pendant la guerre froide, ont détruit des pans entiers de l'Asie du Sud-Est lors des campagnes de bombardement liées à la guerre du Vietnam.

Mais contrairement aux États occidentaux, Israël n'a même pas fait semblant de respecter les principes supposés de l'ordre international de l'après-Seconde Guerre mondiale. Sa doctrine fondamentale était diamétralement opposée à la déclaration des Nations unies. Israël a explicitement rejeté les droits humains universels, et ses lois fondamentales, assimilables à une constitution, ont  exclu le principe d'égalité.

Pendant ce temps, la répression militaire incessante du peuple palestinien par Israël a enfreint de manière flagrante les Conventions de Genève. Comme à l'époque de l'apartheid en Afrique du Sud, depuis sa fondation en 1948, Israël n'a cessé de commettre des violences systémiques contre le peuple autochtone qu'il cherche à remplacer.

Pas un jour n'a passé sans qu'il ne se livre à la ségrégation des Palestiniens, à la destruction de  leurs communautés, à l'expulsion de leurs terres, à l'éradication de  leurs cultures, au blocage de leurs routes, à leur internement dans des  camps de torture, à leur mise à l'écart du monde - ou à leur assassinat.

Sans les restrictions imposées par le droit international et la difficulté pour les États-Unis et l'Europe de soutenir ce comportement monstrueux, Israël aurait mené ce processus d'éradication bien plus tôt, plus vite et avec encore plus de cynisme.

Mais même ces maigres restrictions se sont pour ainsi dire volatilisées. Le  génocide actuel à Gaza, dont l'Occident n'est que trop clairement le principal organisateur, ne peut se produire que dans un climat politique où toute notion de droits de l'homme universels a été vidée de son sens, où le caractère sacro-saint de la vie humaine a perdu toute signification.

Le droit international bafoué et déformé

La politique israélienne s'est ostensiblement scindée entre une faction dite "libérale" et le sionisme de droite, comme si on allait assister à une grande lutte idéologique. Mais en réalité, l'ensemble de la politique israélienne est de nature fasciste.

Les deux branches du sionisme reposent sur l'idée que les Juifs israéliens, pour la plupart des immigrants récents, ont des droits supérieurs à ceux des Palestiniens de souche, et que tout Palestinien réfractaire à la servitude permanente doit être puni.

Le débat interne au sionisme ne porte pas sur la question de savoir si cela doit se produire. Il s'agit de savoir où les limites doivent se situer. Quelle est l'étendue du territoire sur lequel les Juifs jouissent incontestablement de droits supérieurs, et quelle doit être l'ampleur des sanctions pour les Palestiniens rebelles ?

Ces arguments reflètent en grande partie les divisions laïques et religieuses au sein d'Israël, certains pans de la société accordant la priorité aux préoccupations occidentales quant à la réputation d'Israël sur la scène internationale.

Au fil des décennies, confrontée au refus des Palestiniens de coopérer avec son principe directeur - se soumettre ou être châtié - la majorité israélienne est passée du sionisme libéral obsédé par les apparences à un sionisme triomphaliste  d'extrême droite qui ne s'excuse pas. Voilà pourquoi des fascistes autoproclamés  siègent fièrement au sein du gouvernement actuel.

Et voilà pourquoi, le mois dernier, le parti au pouvoir en Israël, le Likoud, est devenu  membre observateur des Patriots for Europe, une alliance de partis d'extrême droite européens, souvent liés aux nazis et aux néonazis. Lors d'une conférence inaugurale à Madrid, le Likoud a été chaleureusement salué, les dirigeants de l'alliance soulignant leurs "valeurs communes".

Rien de tout cela ne se fait en douce. Israël est le dernier grand avant-poste colonial de l'Occident. C'est là que les industries militaires occidentales testent leur puissance sur les Palestiniens qui leur servent de cobayes.

C'est là que les principes du droit international sont mis à l'épreuve, bafoués et déformés par des abus sans fin, puis carrément enfreints.

Et c'est là aussi que le discours de la victimisation, des "civilisations" juive et chrétienne, a été élaboré pour justifier une guerre contre le peuple palestinien et, plus généralement, contre les musulmans.

Une couverture parfaite

Et tout cela est censé se poursuivre, à l'abri de toute critique ou objection. L'Occident a mis au point une couverture parfaite pour protéger sa progéniture fasciste : ceux qui s'opposent à l'asservissement et à la brutalité du peuple palestinien privent le peuple juif de son droit à l'autodétermination, et sont donc "antisémites".

Ainsi, tout Palestinien s'opposant à l'asservissement et à la brutalité est un terroriste. Et ceux qui se rangent du côté des Palestiniens sont de mèche avec les terroristes.

L'Occident ayant assimilé les Palestiniens aux masses musulmanes du monde arabe, alors qu'on peut y trouver de nombreux chrétiens et druzes, la résistance palestinienne à l'oppression israélienne se voit présentée comme un prolongement de la menace islamiste qui pèserait sur l'Occident.

En réalité, aucun groupe palestinien ne lutte pour conquérir l'Occident ou pour imposer la charia en Europe et aux États-Unis. Les groupes de résistance palestiniens cherchent uniquement à libérer leur patrie de décennies d'oppression coloniale et de nettoyage ethnique.

Comme on pouvait s'y attendre, plus l'oppression se prolonge avec le soutien démesuré de l'Occident, plus les Palestiniens confrontés aux exactions d'Israël sont tentés de rejoindre des groupes militants moins conciliants comme le Hamas, gouvernement élu mais proscrit en tant qu'organisation terroriste au Royaume-Uni et dans d'autres pays.

Israël est présenté comme une petite nation héroïque défendant l'Occident contre les hordes musulmanes. Dans un récit où la réalité est complètement déformée, Israël sert de rempart humaniste contre la barbarie palestinienne et, par extension, musulmane.

Cette prémisse a permis à Michael Gove, ancien ministre du gouvernement britannique, de  rédiger un article au beau milieu du génocide israélien intitulé :

"L'armée israélienne devrait être nominée pour le prix Nobel de la paix".

Selon ce principe, un écrivain respecté, Howard Jacobson, a le droit d' exiger le silence sur le massacre et la mutilation de dizaines de milliers d'enfants palestiniens à Gaza, car parler en leur défense reviendrait à "diffamer le sang" du peuple juif.

Toujours selon cette même logique, Melanie Phillips, chroniqueuse régulière des émissions-débats de la BBC, a osé  écrire que

"Si vous soutenez aujourd'hui la cause des Arabes palestiniens, vous encouragez une haine antijuive maladive et meurtrière".

Ces discours pleins d'auto-apitoiement et de fantasmes n'auraient pas été pour déplaire à nos ancêtres européens, qui ont pillé l'Afrique de ses richesses, réduit ses peuples "sauvages" en esclavage ou tué des millions de personnes qui refusaient d'accepter la "supériorité" civilisationnelle de l'Occident.

Un retour déguisé

Le fascisme en Europe ou aux États-Unis ne reviendra jamais en uniforme nazi. Pas plus qu'il ne reviendra jamais en bottes de cuir en brandissant des croix gammées.

En réalité, il était tout à fait prévisible qu'il reviendrait déguisé, en complet-veston, télégénique, et qu'il présenterait ses adversaires, et non lui-même, comme des nazis.

Et c'est là qu'Israël a été une fois de plus si utile, car il n'a pas seulement servi de modèle au fascisme, préservant et ranimant les idées de supériorité raciale, de colonisation et de génocide. Pendant des décennies, il a également permis aux États occidentaux de conférer une légitimité morale au fascisme israélien. Le soutien aux hiérarchies raciales d'Israël, où les vies palestiniennes sont tout à fait sacrifiables, a été présenté comme une nécessité pour "protéger les Juifs".

Cette prémisse a, à son tour, permis au génocide de devenir une cause respectable et morale. C'est précisément la raison pour laquelle Starmer s'est senti capable de dire qu'Israël a le "droit" Israel ‘has the right’ to withhold water from Gaza, Keir Starmer tells LBC plus de deux millions d'hommes, de femmes et d'enfants palestiniens de nourriture, d'eau et de carburant. Un génocide qu'il aurait rejeté dans d'autres circonstances - et qu'il  a d'ailleurs rejeté - était apparemment acceptable pour autant qu'Israël le pratique.

Voilà pourquoi un rapport de l'ONU publié au début du mois sur les "actes génocidaires" d'Israël n'a guère été relayé par les médias occidentaux. Le rapport  montre comment Israël a banalisé des inconduites sexuelles et des viols contre les Palestiniens qu'il détient arbitrairement comme monnaie d'échange pour les otages détenus par le Hamas à Gaza.

Et c'est pourquoi le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, criminel de guerre recherché et échappant à la justice, Trump, Netanyahu meet at White House dans les capitales occidentales,  tout comme ses généraux responsables du génocide à Gaza.

Un calcul pervers

L'indulgence sans fin de l'Occident envers le sionisme, variante du fascisme, a permis à ses idées de s'infiltrer en douce dans nos propres sociétés, où le sionisme est toujours traité avec un respect qui frôle l'adoration.

Si les hiérarchies raciales sont une bonne chose en Israël, pourquoi ne le seraient-elles pas aussi aux États-Unis et en Europe ? Voilà pourquoi une grande partie de la base de Trump se qualifie fièrement de " sionistes blancs". Ils voient dans l'État-forteresse juif d'Israël un modèle pour les États-Unis en tant qu'État-forteresse blanc contre leurs craintes de "Grand Remplacement".

Si "protéger les Juifs" en Israël peut justifier n'importe quel crime d'Israël contre les Palestiniens, en quoi "protéger les Juifs" ne justifie-t-il pas aussi le comportement illégal des États occidentaux envers leurs propres populations ?

"Protéger les Juifs" signifie que tout discours critique envers Israël doit être interdit, même si Israël commet des crimes de guerre et des génocides, car cette critique risque d'offenser les organisations juives nationales qui soutiennent Israël.

La liberté académique doit également être réprimée, afin de protéger les opinions des étudiants et professeurs juifs qui pensent que le massacre de masse d'enfants palestiniens est le prix acceptable à payer pour qu'Israël réaffirme sa dissuasion militaire.

Et selon une logique d'auto-justification, tout Juif occidental qui ne se prosterne pas devant Israël avec suffisamment d'enthousiasme est considéré comme "le mauvais type de Juif" - voire "Palestinien", selon la nouvelle insulte lancée par Trump contre  Chuck Schumer, le leader de la minorité juive au Sénat américain.

Selon cette conception déformée et partiale des droits de l'homme, la sensibilité des Juifs sionistes est placée au sommet, et le droit des Palestiniens à ne pas être assassinés tout en bas de l'échelle.

Voilà précisément pourquoi les autorités fédérales américaines cherchent à créer un précédent en arrêtant et en expulsant un résident permanent,  Mahmoud Khalil, pour avoir aidé à organiser des manifestations étudiantes contre le génocide perpétré par Israël à Gaza. Il est 𝕏 accusé, sans aucune preuve,  d'être "aligné sur le Hamas" et de "soutenir le terrorisme", d'avoir des opinions antisémites et de vouloir la destruction de l'Occident par l'extrémisme islamique.

Tout comme Israël a fait appel à l'IA pour sélectionner ses cibles à exécuter à Gaza, en utilisant les  catégories les plus larges possibles comme invites algorithmiques, la Maison Blanche utilise l'IA pour sélectionner le plus largement possible  qui est aligné avec le Hamas, qui est un terroriste, qui est un antisémite.

De même, les institutions universitaires américaines se voient retirer leurs subventions fédérales au motif qu'elles n'en feraient pas  assez pour lutter contre l'"antisémitisme" en réprimant les manifestations contre le génocide. Les universités dociles se hâtent de se joindre à la  répression du gouvernement.

L'administration Trump présente ces mesures, et d'autres sont sans doute à venir, comme faisant partie d'une "guerre contre l'antisémitisme" - la suite de la "guerre contre le terrorisme".

Ce faisant, Washington crée les conditions pour diaboliser de larges pans de la population étudiante américaine et de larges pans de la communauté juive, en particulier les jeunes juifs qui refusent de laisser commettre un génocide en leur nom. Tous risquent désormais d'être accusés de "s'être alignés sur le terrorisme".

L'administration Trump est loin d'être la seule. Le gouvernement britannique de Starmer, comme son prédécesseur, a soigneusement entretenu un  climat politique où les journalistes, les universitaires, les étudiants, les organisateurs de manifestations, les politiciens et les militants - dont beaucoup sont juifs - passent pour des détracteurs des Juifs, et leurs protestations contre le génocide comme étant antisémites.

Le gouvernement britannique a brandi une législation draconienne et vaguement qualifiée de "terrorisme" pour enquêter et inculper ceux qu'il accuse d'exprimer des opinions ou d'énoncer des faits trop  critiques envers Israël - des critiques qui, selon lui, pourraient ainsi "encourager le soutien" au Hamas.

La liberté d'expression, le droit de manifester et la liberté académique - les principes fondamentaux de la démocratie libérale - sont abandonnés à la hâte, car ils sont désormais considérés comme une menace pour la démocratie.

Hiérarchie des valeurs humaines

On distingue de plus en plus clairement les contours du scénario qui se dessine.

L'administration Trump a ressuscité l'Alien Enemies Act, une loi obscure datant du XVIIIe siècle et conçue pour doter l'exécutif de pouvoirs extraordinaires lui permettant de faire disparaître des étrangers durant la guerre sans aucune procédure régulière.

Elle n'a été invoquée qu'à  trois reprises dans l'histoire, la dernière fois pour emprisonner sans procès des dizaines de milliers de personnes d'origine japonaise durant la Seconde Guerre mondiale.

Trump a d'abord testé cette loi  sur un groupe dont il suppose que personne ne cherchera à le défendre, à savoir ceux que ses fonctionnaires qualifient de criminels vénézuéliens. Mais nous pouvons être certains que l'administration tient à étendre l'applicabilité de la législation à un champ beaucoup plus large.

L'administration Trump précédente a déterré une autre loi obscure, la loi sur l'espionnage de 1917, pour l'utiliser contre un ressortissant étranger,  Julian Assange, en traitant son journalisme dénonçant les crimes de guerre américains et britanniques en  Irak et en Afghanistan d'"espionnage". La loi avait été adoptée à la hâte durant la Première Guerre mondiale.

En s'en prenant à Assange, Washington a cherché à créer un précédent juridique lui permettant d'arrêter n'importe qui, n'importe où dans le monde, et de l'emprisonner indéfiniment en tant qu'espion.

On peut être certains que les fonctionnaires de Trump sont en train de fouiller dans des recueils de lois poussiéreux en quête de lois oubliées susceptibles d'être réutilisées pour réprimer la dissidence et emprisonner ceux qui s'y opposent. Mais le plus sinistre des précédents existe déjà, fourni par Israël.

Si Israël peut exterminer le peuple palestinien qu'il opprime depuis des décennies pour prévenir ce qu'il qualifie de manière peu plausible de menace existentielle future d'un petit groupe armé, tout en bénéficiant d'un soutien occidental sans faille, pourquoi les États-Unis et l'Europe ne pourraient-ils pas en faire de même ? Ils peuvent invoquer des menaces existentielles similaires pour justifier les camps d'internement, les déportations, voire les programmes d'extermination.

Les Juifs allemands se considéraient comme des citoyens allemands jusqu'à ce que le gouvernement d'Adolf Hitler décide qu'ils représentaient aux yeux du pays un élément étranger auquel s'appliqueraient des lois différentes.

Cela ne s'est pas produit du jour au lendemain. Ce fut un relâchement progressif et cumulatif des normes juridiques. Ce relâchement a érodé la capacité des groupes ciblés à résister à leur désignation de boucs émissaires, et celle de leurs soutiens à protester, tandis que la majorité suivait aveuglément.

En réalité, le fascisme n'a jamais disparu. L'Occident l'a simplement délocalisé vers un État client dont le travail, au nom de l'Occident, a été de promouvoir au Moyen-Orient les mêmes idées hideuses d'une hiérarchie des valeurs humaines.

Nous nous identifions à Israël parce qu'on nous dit qu'il nous représente, qu'il représente nos valeurs et notre civilisation. Et la vérité, c'est qu'il le fait - voilà pourquoi la responsabilité de dix-huit mois de génocide à Gaza nous incombe. C'est notre génocide. Et avant même qu'il ne soit terminé, il vient nous hanter.

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